Les remparts

Voici une représentation des remparts ainsi que du château de PONTORSON qui n’existent plus aujourd’hui.

Ces remparts furent élevés par Henri II , Roi d’Angleterre en 1157 (« De l’état ancien et de l’état actuel de la baie du Mont Saint-Michel », Abbé François MANET  (né à Pontorson le 15 janvier 1764), Page 131). Dans l’annuaire du Département de la Manche de 1830, il est indiqué : « Le connétable de Richemont fit fortifier Pontorson en 1426 ; Gabriel Delorge, comte de Montgommery, le brûla en 1573. ».

 

Le démantèlement de la forteresse

À la suite des luttes qui déchiraient le pays, Henri IV  et Louis XIII , d’accord avec les Parlements, voulant assurer la paix entre catholiques et protestants, avaient demandé et obtenu la démolition du château et des fortifications urbaines, qui seraient restés comme une menace pour l’avenir. C’est ainsi que le château et les remparts furent démantelés de 1623 à 1625.

Les archives du département d’Ille-et-Vilaine, dans le fonds des Etats, contiennent cinq liasses qui renferment plus de deux cents pièces relatives à PONTORSON.

Le 5 juillet 1623, Louis XIII  envoya une lettre à Jean DE BRUC DE MONTPLAISIR , seigneur de la GRÉE, procureur-syndic des Etats de Bretagne, pour lui donner l’ordre de se transporter à PONTORSON « incontinant et le plus dilligemment qu’il pourra ; et y estant, faire avec le procureur-syndic des Etats de notre province de Normandye, que nous avons aussi commis avec vous incessamment travailler à la démolition et razeman dudict chasteau, combler les fossez d’iceluy et batre les tours, esperons, bastions, contrescarpes et aultres deffences et fortifications, ensemble celles de la ville ; et mettre le tout en tel estat que cette place ne puisse à l’advenir servir de retaicte à personne, pour troubler le repos de nos subiectz desd. provinces ; emploiant à cela tous et chacuns nos subiectz des paroisses de Bretagne de pareille nombre de celles de l’esclection d’Avranches, proches de ladicte place, qui y pourront plus commodement venir ; lesquelz vous y ferez travailler chacun à son tout, selon le département qu’en sera par vous faict, et le plus justement et esquallement, chacun selon ses facultez et moiens, que faire ce pourra… ».

Jean DE BRUC DE MONTPLAISIR  se rendit à PONTORSON et eut une première entrevue avec Jean DE ROLLAY, sieur de BOELOE, un des quatre capitaines des gardes du Roi, auquel avait été confiée la garde du château. Il trouva les habitants de PONTORSON peu disposés à laisser détruire leurs fortifications ; aussi en écrivit-il au Roi pour l’avertir qu’ils s’y opposaient avec menaces, mais qu’ils étaient résolus de venir à bout de tous les obstacles.

Après entente avec le procureur-syndic des Etats de Normandie, la part de la Bretagne, dans cette démolition, fut fixée aux deux tiers environ, et comprenait spécialement sept grosses tours, deux porteaux et quelques casemates. Quant au château, comme il ne pouvait être détruit qu’au moyen de la sape et de la mine, il fut décidé que l’entreprise en serait confiée à un ingénieur, et Jean DE MAUBUISSON fut choisi à cet effet, moyennant une somme de 13 600 livres.

En Normandie, les paroisses de l’élection d’AVRANCHES, et un certain nombre des élections de COUTANCES et de MORTAIN, qui se trouvaient les plus voisines, reçurent l’ordre de contribuer au démantèlement de la ville, soit par leur propre travail, soit en composant à prix d’argent, avec les commissaires du Roi.

En Bretagne, près de deux cents paroisses furent portées sur le rôle dressé par le sénéchal de FOUGÈRE, c’est à dire toute la baronnie de ce nom et toutes les paroisses placées en deçà de RENNES, DINAN et SAINT-MALO. Chaque localité reçut mandement de travailler à cette oeuvre ou de payer la taxe qui lui serait imposée d’après le rôle des fouages, faute de quoi elle devrait être condamnée à cinquante livres d’amende.

Sous prétexte de démolition, les commissaires voulurent exercer des exactions sur les habitants ; mais les paroisses, de leur côté, adressèrent aux Etats des réclamations qui leur firent rendre justice. Les paroisses situées à huit lieues à la ronde de PONTORSON furent seules contraintes d’envoyer des hommes pour y travailler ; chacune d’elles, selon son importance, avait un nombre déterminé de toises à démolir, par exemple :

  • BAZOUGES-LA-PÉROUSE était imposée à 14 toises ;
  • PLEINE-FOUGÈRES, SAINT-BROLADRE à 9 toises ;
  • ANTRAIN, ROZ-SUR-COUESNON, LA CHAPELLE-JANSON, à 8 toises ;
  • LA BOUSSAC, TREMBLAY, PLEUDIHEN, à 7 toises ;
  • SOUGÉAL, VIEUX-VIEL, LA FONTENELLE, ROMAZY, BONNEMAIN, à 4 toises ;
  • SAINT-SULPICE, PLESDER, MOUAZÉ, CHASNÉ, POILLEY, à 1 toise ou 1 toise et demie.

Celles qui furent exemptées du travail et qui composèrent à prix d’argent payèrent une contribution sur le pied d’environ 40 à 50 livres par toise :

  • SAINT-SERVAN fut taxée à 500 livres ;
  • MONT-DOL, MEILLAC, SENS-DE-BRETAGNE, CANCALE, à 400 livres ;
  • TINTÉNIAC, BAGUER-MORVAN, SAINT-PÈRE, SAINT-MÉLOIR-DES-ONDES à 300 livres.

Les paroisses les moins importantes, comme LES IFFS, MONTHAULT, BILLÉ, BEAUCÉ, LE TIERCENT, SAINT-IDEUC ne furent pas imposées au delà de 50 livres.

Plusieurs paroisses, pour des raisons très particulières sans doute, réussirent à s’exonérer de tout travail et de toute imposition – dans ce nombre, on cite :

  • LANVALLAY, SAINT-SOLAIN, TADEN, SAINT-SULIAC, LA GOUESNIÈRE, IRODOUËR, MINIAC-SOUS-BÉCHEREL, LONGAULNAY, PLOUËR, LIVRÉ, DOURDAIN, VIGNOC, COMBOUR, SAINT-HÉLEN et NOTRE-DAME DE DOL.

Quelques-unes, situées aux environs de RENNES, avaient été rayées de la liste primitive à raison de leur grand éloignement, comme : BETTON, PACÉ, SAINT-GILLES, GÉVÉZÉ, LA CHAPELLE-CHAUSSÉE, SAINT-GRÉGOIRE et MELESSE.

Les travaux durent commencer immédiatement et ils se poursuivirent jusqu’à la fin de l’année 1625 ; car, d’une part, nous trouvons à la date du 28 février 1624 un procès-verbal dressé par Monsieur D’ANDIGNÉ, conseiller à la Cour, « sur les démolitions faites et à faire » ; et, d’autre part, une pièce nous apprend qu’au mois d’octobre 1625, cinquante-cinq paroisses travaillaient encore et fournissaient environ 2 500 ouvriers.

Ajoutons enfin que les Etats de Bretagne votèrent au Roi une somme de 300 000 livres pour les frais de cette démolition et pour indemniser le Seigneur de MONTGOMMERY, alors gouverneur de la ville.

Sources :