Caugé

Caugé est historiquement un village de Boucey, et comme un faubourg de Pontorson. Il n’y a plus rien de monumental, et la tradition a perdu le souvenir du passé.

Cependant Caugé a été sinon une paroisses, du moins un village avec une église et probablement un manoir. On a cru que la Scallei de la célèbre charte du Duc Richard n’était autre chose que Caugé. C’est l’opinion de M. Stapleton, qui, en outre, croit que l’église de Caugé, voisine de Pontorson, a été paroissiale, et qu’elle ne cessa probablement de l’être que lorsque Henri II eut donné Pontorson au Mont-Saint-Michel.

Une charte de 1056 mentionne « Ecclesia de Calgeio ; » la bulle d’Alexandre III, de 1178, cite « Ec. de Caugé cum pertinentiis suis, » et dom Huynes, en parlant des biens enlevés à son monastère, écrivait au commencement du XVIIe siècle : « La cure de Caugé est aussi douteuse en l’évêché d’Avranches. ».

La charte précitée est donc intéressante comme renseignement local et comme peinture du temps : sa souscription aide encore à localiser Caugé : « Ego Ascelinus de Calgeio necessitate constrictus quamdam partem terre de Calgeio in vadimonium cuidam amico meo, Mainerio de Monte, dederam. Cum vero reddendi terminus appropinquasset deficiente tum pecunia….. et ipse religionis habitu cupiens indui tandem divina inspiratione compunctus, consilio inito consensu amicorum et ipse hanelans maliorare vitam meam concessi terram illam ec. B.S Michaeli de Monte eo tenore quod. abbas Ranulfus me cum ipso Mainerio in manochili ordine suscipiet… Videns autem Rogerius Lohoth filius meus renuntiavit et ipse seculo et facti sumus monachi in ec. S. M. data pro ipso Rogerio ecc. de Calgeio cum omni decima et sex acris terre quae ipsi acc. contingebant et uno frusto prati juxta marescum… sint maledicti et excommunicati omnes heredes mei et participes cum diabolo fiant qui hoc donum rescindere voluerint… Rain. et Garn, de Maldreio, Golt. de Marigneio, Nic de Boceio, Flaaldus de Magnion, Ric de Cureio. »

Caugé a été aussi le théâtre d’une bataille entre les Vendéens et les Républicains.

Quand l’armée vendéenne eut été repoussée de Granville, et que sa cavalerie eut poussé une pointe jusqu’à Villedieu, cette émigration de cent mille hommes, décimée et démoralisée, revint vers la Loire par la route qu’elle avait suivie peu de jours auparavant. Les troupes républicaines se mirent en mouvement pour prendre les Vendéens entre deux feux. Sepher, qui venait de Caen avec l’armée dite des Côtes de Cherbourg, se mit à leur poursuite.  Le Général Marigny, posté à Sacey avec 1 500 hommes de troupes légères, sur le sol de l’ancienne forteresse de Cheruel, ne bougea pas, par jalousie, dit-on, à l’égard du Général Tribout. Celui-ci commandait Pontorson avec 4 000 hommes. Il en envoya 600 pour couper le pont de Pontaubault. Lejeay et Forestier, deux officiers vendéens, attaquèrent cette troupe et la dispersèrent. « Ils allèrent jusqu’auprès de Pontorson, et, étant tous deux seuls en avant, ils se trouvèrent, au détour du chemin, en face de l’armée ennemie. Ils voulurent revenir, mais Forestier avait un cheval rétif qu’il ne put jamais faire retourner, il s’écria : « À moi, Lejeay ! Je suis perdu ! ». Lejeay revint, prit la bride du cheval : ils se sauvèrent au milieu d’une grêle de balles, et rejoignirent l’armée qui s’avançait. ».

L’armée ennemie était celle de Tribout, et le détour de la route auprès de Pontorson ne peut être que Caugé. Tribout, très-faible en face d’une trentaine de mille hommes, s’était établi au carrefour appelé Croix-de-la-Cage, et avait braqué ses canons sur la grande route, où ses flancs étaient sans défense. D’Autichamp attaqua les Républicains avec la division de Beauchamp qui formait l’avant-garde : c’était vers le soir du 18 novembre 1793. L’artillerie des Républicains fit d’abord des ravages parmi les Vendéens, mais ils furent aisément débordés, pris en flanc, et enveloppée.

Chargés à la baïonnette, ils furent refoulés jusqu’à dans Pontorson, et là, dans les rues, presque tous furent taillés en pièces. L’affaire dura de 4 heures à 9 heures. On jeta une partie des cadavres dans des carrières qui s’appelèrent dès-lors les Perrières-ès-Morts : le sol est encore plein de balles, et on en trouve aussi sous l’écorce des vieux arbres.

Tribout fut destitué. Forêt, un des meilleurs officiers vendéens, fut blessé à mort, et on brisa un canon pour mettre des chevaux à sa voiture. La route et les rues furent jonchées de cadavres, et on pourra juger de l’horreur de cette bataille nocturne par le récit de Madame DE LA ROCHEJACQUELEIN : « J’arrivai en voiture sur les 9 heures du soir, comme le combat venait de finir. J’étais avec une femme de chambre qui portait ma pauvre petite fille. Messieurs Durivault et de Beauvolliers, tous deux blessés, étaient avec moi aussi. La voiture passait à chaque instant sur des cadavres ; les secousses que nous éprouvions lorsque les roues rencontraient ces corps, et le craquement des os qu’elles brisaient faisaient une impression affreuse. Quand il fallut descendre, un cadavre était sous la portière ; j’allais mettre le pied dessus, lorsqu’on le retira… ».

Sources : Avranchin monumental et historique, Volume 2 (par Édouard Le Héricher).