Le patrimoine de Pontorson

Pontorson doit son nom à « Orson », un chef normand. Celui-ci fit construire un pont sur le Couesnon en 1031 à la demande de Robert le Diable, père de Guillaume le Conquérant. L’ouvrage permit à ses troupes de traverser la rivière au retour d’une expédition en Bretagne. Par usage, le pont d’Orson a donné le nom à la ville.

Entre 1590 et 1628, Pontorson fut une place forte protestante. Gabriel Ier de Montgoméry, chef de file du protestantisme, fut nommé gouverneur de la ville après en avoir pris possession en 1590. Le démantèlement de la forteresse de Pontorson et de son château eu lieu à partir de 1623, sous l’ordre de Louis XIII.

Le château

Il a aujourd’hui complètement disparu, détruit au XVIIe siècle par la sape et la mine. On sait néanmoins grâce aux recoupements des plans anciens et du cadastre Napoléonien où il se situait. À son emplacement, dit « Le Colombier – Secteur actuel du Boulevard Clemenceau / Rues Wassenberg et Grenouillère » on retrouva des pierres sculptées. Un des vestiges du château se situe aujourd’hui dans le jardin public. Il s’agit d’un contrepoids de pont-levis.

« (…) Le château de Pontorson a complètement disparu, à part un bloc de maçonnerie qui a roulé au bord de la rivière, et qu’on appelle la Masse. L’emplacement était le terrain dit le Colombier, dans lequel on trouve des murs, des voûtes, et même des souterrains dont l’un allait, dit-on, au Mont-Saint-Michel, et l’autre à Caugé. On y trouve aussi des matériaux plus récents, des plâtres avec des moutures. Le château, baigné par la rivière, s’appuyait au pont, vers lequel il était défendu par deux tours, dites les Tours-Brettes, qui flanquaient le pont. Entre ces tours et les anciens moulins, au rapport de dom Morice, subsistait encore en 1403 une pierre carrée, d’environ deux pieds et demi sur chaque face, armoriée vers la Normandie des armes de France, et vers la Bretagne des armes de cette province. Duguesclin avait posé cette limite des deux territoires, et, à cette occasion, avait distribué beaucoup de noix aux enfants, afin qu’ils conservassent le souvenir de ce qui venait d’être fait. (…) »

Concernant l’un des souterrains, il est indiqué page 450 du livre sur l’Histoire de la Petite-Bretagne : « Monsieur MANET a vu le souterrain de Pontorson dont parle la tradition : Nous avons vu dans notre enfance, près du grand chemin conduisant à Caugé, un souterrain obscur et couvert, se dirigeant vers la Guimbarde ».

Il reste beaucoup de zones d’ombres autour de la forteresse.

 

L’Église Notre-Dame

L’église est une antique demeure, vouée à Notre-Dame (située Place de l’Église). Elle a été bâtie en exécution d’un vœux de Guillaume le Conquérant. L’édifice se compose de styles divers : pur roman, roman de transition, gothique du XIIIe et gothique du XVe.

Sa construction a connu plusieurs étapes :

  1. Entre 1050 et 1120 : le chœur, les croisillons et les bases de la tour. Le vitrail du chœur, situé à droite de l’ancien autel, rappelle l’heureux passage du Couesnon par ses hommes en danger d’enlisement.
  2. De 1120 à 1150 : la nef avec ses demi-colonnes engagées dans les murs, ses travées carrées et croisées d’ogives à la voûte auxquelles se rattachent les pignons de l’Ouest et les trois portails.
  3. En 1220 : l’autel primitif situé au fond du chœur daterait de cette époque. Il serait contemporain au cloître gothique du Mont-Saint-Michel. C’est une simple table de granit posée sur une pierre d’angle et deux colonnettes. Le tabernacle est placé à gauche de l’autel, creusé dans le mur du chevet. Il est fermé par une belle grille en fer forgé, de même que l’armoire oblongue qui l’avoisine et qui sert maintenant de reliquaire. A droite de l’autel primitif, le vitrail est une reproduction d’un fragment de la tapisserie historique de la Reine Mathilde, conservée au musée de Bayeux. À l’intérieur de la nef, resplendissent quelques chapiteaux animaliers à peine indiqués, mais très beaux. Les dalles de granit que l’on foule sont des pierres tombales provenant de l’ancien cimetière qui entourait autrefois l’église (certaines sont datées).
  4. De 1381 à 1418 : concerne la partie gothique. On perce la grande fenêtre du chœur afin d’obtenir plus de clarté dans l’édifice. On procède ensuite de même dans les croisillons Nord et Sud. On surélève le pavé du chœur et on aménage une gracieuse crédence pour la desserte du maître-autel.
  5. Vers 1400 : on construit la chapelle Saint Jean, parallèle au chœur, avec lequel elle communique par une arcade gothique. En 1402, le seigneur Robert MONFLARD et son épouse font sculpter le magnifique retable qui ornemente le fond. Taillé dans la pierre blanche, il retrace en 22 compartiments la « Passion du Christ et sa Résurrection ». Au moment des guerres de religion et lors de la Révolution a eu lieu une mutilation systématique de toutes les têtes des personnages. Ce fut une splendeur, à en juger par les vestiges qui demeurent. Les Pontorsonnais l’appelaient le « Retable des Saints Cassés ».
  6. En 1627 : on édifie le beffroi gothique, clocher « à bâtière » bien Normand, qui ne sera achevé que cette année là. Deux chapelles ogivales flanquent la nef au Nord et au Sud.
  7. En 1853 : à l’entrée du transept gauche se trouve le lutrin à l’aigle impérial, en bois sculpté et doré. Il a été fait par Piel, à Martigny.
  8. Vers 1700 : une Vierge en bois du XVIIIe, vénérée sous le vocable de Notre-Dame, située dans la petite chapelle Nord, au dessus de l’autel, mérite aussi d’être remarquée. Elle échappa à la mutilation pour avoir été coiffée du bonnet phrygien par un astucieux bourgeois de la cité, qui la présenta aux « sans culottes » comme Marianne, la personnification vénérée de la première République.

La porte d’entrée Sud est ornée en son tympan d’une sculpture dont la signification reste à ce jour encore à d’couvrir. Certains historiens y on vu la fable de Prométhée ? Pélican ? On ne sait !

La façade Ouest, flanquée de deux tourelles romanes avec sculptures variées, est unique en Europe, au dire des archéologues. Commencée en 1974, la restauration intérieure de cet édifice a été achevée au mois de mai 1976.

 

La maison Guischard de la Menardière, dite « Maison romane »

Située dans la 34-36 rue Saint-Michel, il subsiste des doutes sur ses origines et sa datation. Certaines parties remonteraient aux XIIe-XIIe siècles mais la grande part de la construction serait des XIV et XV siècles. Elle sera remaniée aux siècles suivants à divers endroits. Sa façade rythmée par des arcades a été superbement préservée. Au XVIIIe, la maison est occupée par la famille Guischard, qui donne son nom actuel à la maison. Il y a encore des zones d’ombres au sujet de la fonction première de cette construction. On pense qu’il s’agissait peut être de l’hôpital de Pontorson. L’église étant toute proche, cela n’aurait rien d’étonnant mais cela reste de l’ordre de la supposition.

Cette habitation a été morcelée en 1851 en deux logements : le n°34, et le n°36, qui représente la plus grande partie. Un comble en ardoises, fort aigu, avec rampants de granit, apporte la marque des XVe et XVIe siècles. Les élégantes souches de cheminées datent du XVIIIe siècle.

Quand il n’y avait qu’une unique et même demeure, il existait un escalier monumental que l’on pouvait gravir à cheval. Sous Louis-Philippe, l’intrigante façade fut dissimulée en totalité derrière des plâtres badigeonnés à la chaux et des imitations de granit.

Avant 1851, selon un témoin, la galerie était divisée en échoppes. Un maréchal-ferrant travaillait dans l’une de celles-ci.

De 1851 jusqu’en 1925, à l’époque où ces faux décors furent étés, nul ne pouvait soupçonner la colonnade ou la galerie. Le tout avait été recouvert d’une fausse façade qui en supprimait les reliefs.

Du jardin, on peut apercevoir une inscription sur le linteau de la porte, elle date du temps où il y avait une seule et grande maison, il s’agit de l’inscription de la famille Guischard en 1719. La façade de l’hôtel est celle d’une très plaisante habitation du XVIIIe siècle, gaie, largement percée de belles fenêtres. Ces dernières, ornées de balcons en fer forgé, sont de style Régence.

La famille Guischard était très importante à Pontorson. L’un de ses membres fut compté parmi les grands esprits scientifiques du XVIe siècle. La réputation de la famille d’passa les imites du royaume. Ses membres se marièrent avec ceux des autres grandes familles nobles de la région.

À l’intérieur, il y a encore de belles boiseries inspirées de Versailles. En plus d’une copieuse et fort belle mouluration. Il complète noblement un ensemble digne à tout égard d’être classé, et en fort bon lieu, parmi les monuments historiques.

 

La chapelle Saint Nicolas, dite aussi la « Maladrerie »

On connaît son emplacement actuel mais il ne reste rien de cet édifice hormis un portail fleuri. Le portail porte les ornements du XVIe siècle, qui se distinguent assez bien de ceux du XVe par l’ampleur des formes, en particulier des formes végétales. La porte, décapitée aujourd’hui, était probablement en cintre : elle est flanquée de deux pignons à pinacles épanouis en crosses végétales, et couronnée d’une arcature en accolade dont le sommet s’étale en croix foliée. Sur le clocheton de gauche est sculpté un agneau,  symbole du bien et sur celui de droite, un dragon, symbole du mal. Ce joli portail fait vivement regretter la perte de la chapelle. Cette chapelle était un maladrerie. Fort peu de documents en parlent ; mais nous trouvons dans le Pouillé du Diocèse, fait en 1648 : « La maladrerie de Pontorson, de fondation Royale, ayant pour patron le grand aumônier de France, rend 2 000 liv ».

 

L’Hôtel des Montgomery

Bâtiment phare de l’histoire de Pontorson, situé 13 rue Couesnon, il a subsisté à travers les siècles et est aujourd’hui bien identifiable dans la ville. Devenu un hôtel, son architecture est une superposition de différents styles, allant du XVIe (date de sa construction) jusqu’à l’époque contemporaine.

Les clients sont les seuls à pouvoir admirer les vestiges qu’il referme notamment de magnifiques plafonds boisés à solives peints et datés du XVIe siècle. Cet hôtel particulier fut la résidence d’une des familles les plus illustres de la ville : les Montgomery. La famille implanta le protestantisme à Pontorson. Un des membres, Gabriel Ier de Montgomery passa à la postérité en tuant accidentellement le roi de France Henri II au cours d’un tournoi (10 juillet 1559).

 

Le prêche Protestant

Situé entre les rues du Prêche et Montgomery, le culte protestant fut introduit à Pontorson en 1590 par Gabriel II de Montgomery, le seigneur ayant réussi à s’emparer de la ville face aux ligueurs. Le culte protestant fut célébré dans cet édifice de plan rectangulaire jusqu’au début du règne de Louis XIII, époque à laquelle il fut interdit suite aux nombreux troubles intervenus entre Catholiques et Protestants.

Il a été récemment inscrit sur la liste supplémentaire des Monuments Historiques.

Il est fort probable que ce bâtiment ait connu un autre usage avant de devenir temple protestant. L’église étant proche, on pense qu’il aurait pu s’agir d’une ancienne grange à dîme. D’autres pensent qu’il pourrait être une chapelle du prieuré de Pontorson.

 

La citerne à eau

Curiosité de la ville (1 Rue du Dr Bailleul), cette citerne construite vers 1900 a une apparence trompeuse puisqu’elle est faite, non pas en bois, mais en béton armé sculpté. Située sur le côté d’un bâtiment de communs, elle est coiffée d’un toit qui peut rappeler ceux des kiosques tandis que son décor s’inspire de l’univers végétal. Sous le réservoir, on aperçoit encore une rocaille dans un petit bassin d’où jaillissait autrefois de l’eau.

 

Le Séquoia

Le Séquoia (Sequoiadendron giganteum), qui se trouve Rue Ambroise Pincé à près de 250 ans. Il a été importé par les bourgeois de la ville au XIXe siècle. Aujourd’hui, c’est un « arbre remarquable » classé par le CAUE de la Manche.

 

Le pont de Pontorson

Le premier pont fut vraisemblablement édifié vers 1030 sous les ordres d’un capitaine nommé Orson. Mandaté par le duc de Normandie Robert le Magnifique, père de Guillaume le Conquérant (1027-1087), Orson fonda ainsi une ville sur les bords du Couesnon. C’est du nom de ce capitaine et de son oeuvre que vient l’origine du nom « Pontorson ».

Anecdote : en 1813, lors des réparations effectuées à un pont de bois, situé sur le Couesnon, et mettant en communication la Bretagne et la Normandie, par Pontorson, on mit à découvert près des piles de ce pont, un canon et son affût, lesquels avaient été abandonnés par les Vendéens, lorsque levant le siège de Granville, ils avaient fui à travers Pontorson (La Revue du Bas-Poitou et des Provinces de l’Ouest (1907), Volume 20, page 107).